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Dîner de la Conférence Internationale de l’Assurance le 24 octobre 2019, discours de Florence Lustman

28/10/2019

Allocution prononcée le 24 octobre 2019 par Florence Lustman, présidente de la Fédération Française de l'Assurance, lors du dîner de gala de la 11ème conférence internationale de l'assurance.

Monsieur le Président du Conseil Enrico Letta,
Mesdames et messieurs les Ministres,
Mesdames et messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et messieurs les Parlementaires et conseillers du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les représentants d’autorités de contrôle et des associations d’assureurs,
Chers collègues dirigeants d’entreprises d’assurance,
Bonsoir.

Je suis très heureuse et très honorée de vous accueillir aujourd’hui dans cette magnifique salle Labrouste de la Bibliothèque Richelieu pour le dîner international de la FFA. Comme vous le savez, j’ai pris la tête de la Fédération Française de l’Assurance il y a à peine trois semaines et c’est donc avec une émotion toute particulière que j’inaugure mon premier dîner avec vous !

Vous noterez que vous êtes placés à des tables qui rappellent les grands noms de la littérature française et latine – ce qui est assez logique dans un lieu de savoir ! –, des noms qui viennent de ces magnifiques médaillons que vous voyez en haut des murs. Vous noterez aussi qu’il n’y a qu’une seule femme parmi ces médaillons, Madame de Sévigné. Manifestement, les femmes n’étaient pas forcément « à l’honneur » en 1858, à l’époque où la Bibliothèque a été construite, et c’est pour rattraper cet état de fait que nous avons donné le nom de Madame de Sévigné à la table d’honneur !

Mais heureusement les temps changent et les femmes sont aujourd’hui un peu plus présentes. Dans l’assurance française, en dix ans, elles sont devenues deux fois plus nombreuses aux postes de direction !

Quoi qu’il en soit, merci à tous d’être venus aussi nombreux : votre présence montre combien notre conférence est devenue un rendez-vous incontournable pour le secteur de l’assurance en Europe et dans le monde. Nous en sommes déjà à la 11ème édition et j’ai l’impression que le succès grandit d’année en année ! Nous avons le privilège de recevoir ce soir de nombreuses personnalités de renom venant d’une vingtaine de pays : plusieurs ministres, des ambassadeurs, des représentants des autorités de contrôle, de cabinets ministériels et, évidemment, de grands dirigeants d’entreprises et notamment d’entreprises d’assurance et de réassurance.

Je remercie tout particulièrement M. le Président du Conseil, Enrico Letta, qui nous fait l’honneur de sa présence et a accepté d’intervenir devant nous ce soir pour nous parler d’Europe.

Je tiens également à remercier mon prédécesseur, Bernard Spitz, pour avoir lancé cet événement il y a onze ans et surtout pour avoir fait grandir cette idée avec la passion qu’on lui connait ! Bernard, merci pour ton énergie, merci d’avoir fait de cette conférence un événement utile.

Je dis utile parce que les occasions de nous retrouver tous ensemble, acteurs internationaux de l’assurance, pour parler, débattre, échanger des idées, sont finalement assez rares. Or notre secteur fait face aujourd’hui à des changements profonds, globalisés et mondiaux.

Quand on regarde la situation du monde, on a l’impression que la volatilité - pour ne pas dire l’instabilité ! - est devenue la règle.

Instabilité politique tout d’abord :

  • Nous voyons dans la plupart des pays l’émergence de mouvements de contestation, qui remettent en cause la stabilité même de nos institutions sociales et économiques. Je pense aux mouvements populistes, mais pas seulement. En France, nous avons vu l’émergence d’un mouvement inédit, les Gilets Jaunes. C’est la première fois depuis des décennies que nous sommes confrontés à des manifestations régulières et violentes pendant plusieurs mois. Nous avons su gérer cette crise mais cela doit nous pousser à être vigilants sur la stabilité sociale de notre pays et plus généralement de tous les pays développés, qui ne sont pas à l’abri d’un mouvement similaire ;
  • Sur le plan international, nous connaissons aussi de nombreuses crises qui touchent l’économie mondiale de plein fouet, et donc nos entreprises: le Brexit, bien sûr, qui n’en finit pas de déverser son incertitude sur les entreprises, quel que soit leur secteur, et qui nous a prouvé que l’Union européenne n’était pas une construction politique immuable. Par ailleurs, les tensions diplomatiques, notamment au Moyen-Orient et en Asie, mettent en cause la sécurité de tous.

Instabilité et volatilité économique également :

  • nous observons depuis quelques mois un coup de froid sur la croissance mondiale, qui devrait atteindre à peine 3 % cette année. En Europe, le moteur allemand est en train de caler, la Chine n’a jamais eu une croissance aussi basse depuis des décennies et les Etats-Unis pourraient entrer en récession ;
  • pour ne rien arranger, les tensions commerciales entre la Chine et les USA font souffler un vent froid sur le commerce international et contribuent à anémier encore plus la croissance ;
  • enfin, il y a évidemment les taux négatifs, qui sont une révolution pour tous les acteurs économiques : c’est bien la première fois dans l’Histoire que l’argent ne coûte rien et qu’on s’enrichit automatiquement en s’endettant ! Je souhaiterais rappeler d’abord que les assureurs français sont parfaitement capables d’honorer tous leurs engagements portés dans leurs bilans. Cela étant dit, et conformément à notre démarche prospective, nous devons réfléchir aux conséquences pour notre secteur d’une éventuelle poursuite de cette situation anormale, et c’est pour cela que nous avons dédié un panel entier à ce sujet demain.

Outre ces incertitudes politiques et économiques, le monde connait aussi des tendances de fond qui sont en train de bouleverser notre activité pour les années à venir, et qui sont à mes yeux de véritables « disruptions ».

  • la disruption climatique d’abord, qui constitue un défi majeur pour l’humanité et donc aussi pour les assureurs! Pour la France, je vous citerai juste un chiffre : entre les années 80 et aujourd’hui, le coût annuel des sinistres climatiques a été presque multiplié par trois. C’est énorme et bien la preuve que pour les assureurs, le changement climatique est déjà une réalité concrète et coûteuse. Ils ont déjà beaucoup investi pour étudier ces risques et sont à ce titre très bien placés pour aider à les maîtriser dans le futur ;
  • nous sommes également entrés dans une nouvelle ère technologique et digitale, et nous n’en sommes qu’aux débuts ! L’IA, la Blockchain, les objets connectés vont révolutionner les modes de vie des particuliers mais aussi nos méthodes de travail. Je pense aux drones qui nous permettront d’améliorer la vitesse des indemnisations après une catastrophe naturelle par exemple, aux véhicules connectés qui posent la question de savoir qui l’on assure etc. Ces technologies seront positives pour tous ceux qui sauront les intégrer rapidement. Elles constituent également un défi avec l’émergence du cyber-risque et la crainte de nos concitoyens pour la sécurité de leurs données. Les assureurs ont là aussi une contribution essentielle à apporter à la construction de la société de demain, en proposant des couvertures, bien sûr, et en assumant pleinement leur rôle de tiers de confiance. L’assurance, c’est le métier de la gestion des données ; vous nous les confiez depuis des décennies et nous avons toujours su les protéger efficacement ;
  • enfin, ce panorama ne serait pas complet si j’oubliais le vieillissement démographique : en 2050, je rappelle que 1 personne sur 6 aura plus de 65 ans dans le monde, et 1 sur 3 en Europe ! C’est un défi gigantesque pour nos sociétés en termes de retraites, de dépendance, mais aussi de santé. Et par voie de conséquence, une nouvelle opportunité pour les assureurs d’apporter des solutions concrètes pour relever ces défis.

Ce panorama pourrait paraître anxiogène. Eh bien je pense, au contraire, que nous devons embrasser ce changement et ne pas en avoir peur ! Nous ne devons pas en avoir peur parce que nous sommes justement des professionnels du risque et des gestionnaires de l’incertitude.

Apporter des solutions innovantes pour améliorer la vie de chacun : nous en avons la capacité mais aussi la mission ! Mais encore faut il que nous ayons les coudées franches pour la remplir. 7

Pour cela, la question de la règlementation est cruciale: face à ces nouveaux défis, nous avons besoin de règles adaptées et efficaces pour pouvoir nous projeter et accompagner les disruptions de notre temps. A cet égard il est important que la révision de Solvabilité 2 qui va démarrer soit encadrée par un mandat politique clair, qui tienne compte de la situation économique actuelle et des défis qui sont devant nous.

Encore une fois, ce monde « volatil » dont nous discuterons demain est autant une source d’opportunités que de défis pour nous. Mais nous sommes particulièrement bien placés pour y faire face. Dans un monde qui change de plus en plus vite, ceux dont le métier consiste justement à accompagner les chocs, à apporter de la résilience, à investir dans l’avenir - et donc à anticiper - auront toujours une longueur d’avance !

Mesdames et messieurs, je m’arrête là pour vous laisser déguster vos entrées. Nous aurons le privilège d’écouter ensuite M. Enrico Letta.

Merci à tous et excellente soirée.

*Seul le prononcé fait foi

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